Avertir le modérateur

18/03/2010

Rappel à la loi pour Zemmour?

Le 6 mars dernier, dans L’Hebdo, une émission de France 0, l’un des participants, Nadir Djennad, affirme : « la discrimination, c’est la volonté affichée ou non, de responsables d’entreprises,  et d’autres, de ne pas embaucher telle ou telle population. » Eric Zemmour l’interrompt alors : « Mais c’est la vie, la discrimination, c’est la vie ! » Quelques minutes plus tard, M. Djennad reformule son propos et évoque l’exemple des patrons qui s’adressent à des agences d’intérim en disant : « S’il vous plaît, je ne veux pas d’arabes et de noirs ». Eric Zemmour l’interrompt à nouveau et affirme : « Mais ils ont le droit ! » (http://www.lepost.fr/article/2010/03/12/1984978_eric-zemmour-les-employeurs-ont-le-droit-de-refuser-des-arabes-ou-des-noirs.html).

Eric Zemmour (Crédits photos AFP).jpgCe n’est pas un simple dérapage Eric Zemmour affirmait quelques temps dans une émission précédente : « On parle des discriminations, moi, ça ne me choque pas : la discrimination, c’est la vie, c’est le choix, et c’est la sélection. Donc, voilà, il n’y a pas à lutter contre les discriminations ; ça, c’est un mythe ». (http://www.lepost.fr/article/2010/02/14/1941225_zemmour-la-discrimination-c-est-la-vie.html).

Cette fois-ci, ce n’est pas de liberté d’opinion qu’il s’agit. Dire on a « le droit » de discriminer, contredit la loi française.

Plusieurs associations (CRAN, Comité IDAHO Mix-Cité) ont demandé dans une lettre ouverte, au président du CSA, et au président de France Télévision de formuler publiquement un rappel à la loi très clair à l’encontre de M. Zemmour.

.

08:11 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : zemmour, dérapage, racisme, discrimination, loi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

29/01/2010

Site Internet de l’UMP : délinquants noirs, délinquants blancs ou délinquants tout court ?

Je me suis élevé contre une photo publiée sur le site Internet de l'UMP qui illustrait un article, titré « Délinquance des mineurs : en finir avec l'angélisme », avec la photo d’hommes marchant tranquillement dans la rue et...ayant tous la peau noire.
Cette indignation a suscité de nombreuses réactions et commentaires que l’on peut classer en 3 catégories:

1. « Vous n’avez rien compris, il n’y avait pas d’association intentionnelle entre les Noirs de la photo et le titre »
C’est en somme la réaction officielle de l’UMP dont le porte-parole adjoint a dit : « Ce n'est pas parce qu'il y a des Noirs sur la photo qu'il y a stigmatisation. Je suis assez surpris par cette polémique ».

Capture d'image UMP et délinquance des mineurs.jpgBen voyons... Je propose à l’UMP d’utiliser cette photo pour l’affiche de sa prochaine l’Université d’été !

2. « Et s'il n'y avait eu que des Blancs, il n'y aurait pas eu de drame ».
Encore une réponse officielle de l’UMP.

D’abord une photo avec « que des Blancs » n’aurait pas eu la même signification.

Ensuite si l’UMP publiait sur son site « Les Blancs sont délinquants » non seulement, je crierais au scandale, mais quelque chose me dit que je ne serais pas le seul...

Enfin et surtout c’est ne pas avoir bien compris le sens de mon indignation : Il est inadmissible d’associer la délinquance à la couleur de peau. En d’autres termes, dire « Les Blancs sont délinquants » ou les « Les Noirs sont délinquants » devrait susciter de notre part à tous la même indignation.
Les délinquants ne sont pas délinquants parce qu’ils sont Noirs ou Blancs ou blonds ou petits. Ils sont délinquants un point c’est tout.

3. La réaction la plus répandue sur les Blogs et parmi les messages que je reçois. Elle émane de personnes qui me paraissent de bonne foi comme Antoine B. du centre de Paris qui m’a écrit : « Je ne comprends pas la raison de votre indignation : tout le monde sait parfaitement que 90% des jeunes délinquants sont d’origine maghrébine ou africaine ! » ou encore « cette photo ne fait que refléter la réalité »
Notez d’abord que cette réaction est en contradiction avec la réponse officielle de l’UMP.

Ensuite, « tout le monde sait parfaitement » n’est pas une démonstration en soi.

Par ailleurs, de quelle délinquance parle-t-on ? De la délinquance financière ? De la délinquance bancaire, des fraudes en tout genre ? Des malversations de responsables politiques, des patrons-voyous?

Enfin d’où viennent ces chiffres qui défient l’entendement? Sont-ce les chiffres de la délinquance des mineurs en Ardèche, dans le Cher, le Cantal, le Jura ou la Vendée ? Vraiment ?

Il faut se méfier des simplifications.
Oui, il y a des délinquants noirs, oui, il y a des délinquants blancs, mais il y a surtout des délinquants tout court

23:29 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ump, délinquance des mineurs, internet, discrimination | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

26/01/2010

L’UMP assimile les jeunes Noirs à des délinquants

« Délinquance des mineurs : en finir avec l’angélisme* » Quel titre !
C
’est pour illustrer ce titre et ce sous-titre très évocateurs, que sur son nouveau site Internet l’UMP montre des jeunes Noirs marchant paisiblement dans la rue.

L'UMP assimile les Noirs à des délinquants.jpgL’UMP renouvelle son site Internet mais recycle les stéréotypes les plus insupportables.

Pour l’UMP, la présence de 4 jeunes Noirs marchant tranquillement évoque-t-elle immanquablement la délinquance ?
Je suis choqué par cet amalgame indigne.

Comment l’UMP peut-elle prétendre vouloir lutter contre les discriminations quand sur son site Internet, les populations de France sont à ce point montrées du doigt ?

Cette choquante assimilation systématique des jeunes Noirs à des délinquants intervient à un moment où le débat sur l’identité nationale stigmatise ouvertement les minorités visibles, à un moment où les Français nés à l’étranger, ou nés en France de parents nés à l'étranger, ont les plus grandes difficultés à faire renouveler leurs passeports ou leurs cartes d’identité.

L’UMP doit s’expliquer et prendre des mesures pour que de tels dérapages ne se reproduisent plus.
Est-il a acceptable que le plus grand parti de France se laisse aller à de telles dérives aux connotations nauséabondes ?
Ce n’est pas digne de la France, ce n’est pas digne de nos valeurs.

* Aujourd'hui (26 janvier 2010), sur le site Internet de l'UMP, ce titre très (trop?) marqué est remplacé par "Nouvelle délinquance des mineurs: Quelles solutions?"...

23:51 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ump, délinquance des mineurs, internet, discrimination | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

26/09/2009

Gendarmes victimes de propos racistes : Que toute la lumière soit rapidement faite

Et maintenant c’est au tour de la gendarmerie d’être touchée par la gangrène des propos racistes et des discriminations.

Six gendarmes mobiles de Satory, dans les Yvelines, se disent victimes de racisme et annoncent leur intention de  saisir la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde).
Ces gendarmes se disent victimes de propos racistes et discriminatoires de la part de leurs collègues. Ils seraient, depuis leur arrivée à Sartory, régulièrement visés par des propos et des comportements discriminatoires.
Un des gendarmes affirme avoir été qualifié à plusieurs reprises de "bougnoule" par son commandant qui, en outre, lui aurait systématiquement rappelé qu’il représentait le  "quota".
Deux autres gendarmes musulmans affirment avoir été humiliés lors de séances de remises de galons.

La direction de la gendarmerie confirme qu'un gendarme s'était effectivement plaint de propos racistes tenus par son commandant, qui aurait écopé de trente jours d'arrêt.

Devant la gravité des faits rapportés, Hervé Morin, Ministre de la Défense, statutairement compétent et Brice Hortefeux Ministre de l’Intérieur, auquel la gendarmerie nationale est désormais rattachée, doivent tout mettre en œuvre pour que toute la lumière soit rapidement faite sur cette affaire.

14:13 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : gendarmes, insultes racistes, propos haineux, discrimination | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

31/08/2009

Retraite des mères de famille: Le droit anti-discrimination n'est pas l'ennemi des mamans

Les compensations accordées aux mères en matière de retraite ont été récemment mises en cause et Xavier Darcos, le ministre du travail entame une série de discussions pour résoudre rapidement cette question épineuse.

Darcos discrmination Europe et France (Crédit photo Reuteurs).jpgCe dossier des retraites des mères de famille pourrait à terme avoir un impact sur la place  de championne d’Europe de la natalité que détient la France avec ses 828 400 naissances en 2008.

Un bonus pouvant aller jusqu’à deux ans de cotisation par enfant est accordé aux femmes dans le secteur privé, mais la Cour de cassation, en se basant sur la Convention européenne des droits de l'homme qui proclame l'égalité homme-femme estime que ces majorations ne pouvaient être réservées seulement aux femmes.
Et certains sautent sur cette occasion pour s’en prendre avec violence à "Bruxelles".
Il ne faudrait pas qu'à cette occasion, la Convention européenne des droits de l'homme soit injustement attaquée. En effet, on peut parfaitement avoir un droit anti-discrimination exigeant doublé d'une politique familiale incitative, comme en Suède.
L'Union européenne sert d'aiguillon à la France en matière de droit anti-discrimination européen mais ce droit n'est pas l'ennemi des mamans.
L’égalité homme-femme ne saurait nier la différence père-mère.

Les acteurs de la lutte contre les discriminations n'en veulent pas aux bébés et les partisans de l'égalité ne sont pas en guerre contre les grossesses.
Personne ne veut oublier que les salaires des femmes sont inférieurs de 30 % à ceux des hommes et que les carrières des femmes sont souvent plus discontinues que celles des hommes.
Personne non plus ne songe à ignorer qu'en 2004, les pensions de retraite des femmes étaient de 1 020 euros contre 1 630 euros pour les hommes, ni que les femmes passent toujours 2,4 fois plus de temps que les hommes au travail domestique et consacrent 3,3 fois plus à l'éducation des enfants.

Pourquoi ne pas saisir l'occasion de ce débat pour réfléchir sans passion à de nouvelles relations au sein du couple, qui n'oublieraient pas les mères adoptives par une trop grande fixation sur la grossesse, et inciteraient les pères à partager les tâches domestiques ainsi que l'éducation des enfants ?

07:05 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : retraites, mères, discrimination, pères, mamans, europe, france, retraite des mères | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

06/05/2009

Le passage de l'antiracisme à la lutte contre la discrimination

Je publie dans Libération d'aujourd'hui, une tribune dans laquelle j'explique pourquoi il est urgent de passer de la lutte contre le racisme à la lutte contre la discrimination.

En effet, la polémique autour des statistiques dites "ethniques" cache un débat de fond entre les partisans de la lutte contre le racisme et ceux de la lutte contre la discrimination dont je suis.

Ce débat permet de rappeler que la lutte contre la discrimination n’est pas la lutte contre le racisme.


Le racisme est une idéologie condamnable. La discrimination constitue une situation concrète, à laquelle il faut remédier.

La lutte contre le racisme est un combat moral. La priorité est de réformer les individus, pour qu'ils cessent d'être racistes.

L’objectif de la lutte contre la discrimination est tout autre. Il s'agit d’améliorer concrètement les conditions de vie des personnes confrontées à la discrimination.

La lutte contre le racisme se déroule sur une durée extrêmement longue. On ne réforme pas les mentalités en un jour.

La lutte contre la discrimination, elle, se fait dans l'urgence. Chaque discrimination de plus  constitue un échec pour notre République.


Les outils de la lutte contre le racisme sont, avant tout, judiciaires, et au cas par cas : on dénonce, puis on sanctionne des comportements racistes. Les procès sont rares, longs, coûteux et leur efficacité est parfois à l'inverse de l'effet recherché : en donnant de la publicité à un raciste, on prend aussi le risque de banaliser le racisme.

La lutte contre la discrimination repose sur une prise en charge non pas individuelle, mais collective, du problème. Elle montre la réalité globale des discriminations, et non une réalité parcellaire. Enfin, elle focalise l'attention sur les personnes confrontées à la discrimination.


(La suite dans Libération de ce jour le 6 mai 2009)

10:07 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : antiracisme, discrimination, égalité, diversité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

02/05/2009

La coalition des laissés-pour-compte menace

Un chiffre sorti de la dernière enquête* du CRAN suscite à la fois mon ravissement et mon inquiétude.

65% des français sont favorables aux statistiques sur le ressenti d’appartenance pour lutter contre des discriminations qui frappent les minorités visibles...Chez les moins de 30 ans ce soutien oscille entre 75 et…84% selon que les statistiques sur le ressenti d’appartenance sont ou non encadrées par la CNIL.
Ces niveaux importants démontrent la formidable passion égalitaire de nos concitoyens qui même s’ils ne sont pas concernés par des injustices, ne les supportent pas. De quoi être fier de nos compatriotes.
Ces chiffres élevés confirment une « conscience des difficultés des autres », que je n’avais jamais sentie à ce point avant.
Le niveau des soutiens aux luttes sociales que l’on voit en France actuellement est donc général.
Cependant, je suis inquiet car je crains que ce soutien si large à ceux qui souffrent ou luttent, ne confirme ce climat de révolte qui flotte dans l’air en ce moment.
Cela veut dire qu’une coalition des laissés-pour-compte, des personnes discriminées sur des critères sociaux, territoriaux ou sur l’apparence, est possible.
Si cette coalition se réalise, gare à ces conséquences...Le gouvernement ferait mieux de ne pas l’ignorer.

* Sondage réalisé par CSA pour le CRAN du 1er au 23 avril 2009 et portant sur 1006 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage), après stratification par région et catégorie d’agglomération.

http://www.csa-fr.com/dataset/data2009/opi20090423-les-francais-les-minorites-visibles-et-les-discriminations.pdf

18:29 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : laissés-pour-compte, calision, opprimés, diversité, discrimination | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

02/04/2009

Lettre à nos potes antiracistes

Par Patrick Lozès* et Laurent David Samama**

 

La France franchira un pas historique dans la lutte contre les discriminations, quand le président de la République autorisera le dépôt au Parlement du projet de loi sur la mesure de la diversité.

Il y a trois ans, lorsque le CRAN a porté la question des statistiques de la diversité dans le débat public, la passion l’emportait encore sur la raison.

Puis la France a pris conscience, progressivement, de la nécessité d'adopter les outils modernes d'évaluation et d'action qu'utilisent tous nos voisins européens dans leur lutte, qui est désormais une lutte européenne, contre les discriminations.

Le premier de ces outils, c'est la statistique publique, qui permettra, si la loi est adoptée, de mesurer précisément la diversité en France, et la hauteur des discriminations dans les domaines du logement, de l'emploi ou des loisirs. Comme nous le demande, depuis des années, l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes qui souhaite disposer de données fiables concernant les discriminations dans notre pays.

Il existe, d'ailleurs, un consensus européen sur cette question, comme le montre le sondage Eurobaromètre du 23 janvier 2007, qui indique qu’une majorité de citoyens de l’Union européenne (75 %) se disent prêts, dans le but de lutter contre les discriminations, à fournir des informations pour établir des statistiques de la diversité, si ces statistiques sont autodéclaratives, facultatives et anonymes, comme le propose le CRAN.

A partir de ces statistiques, on pourra mettre en place des outils appropriés pour corriger des inégalités que la République ne peut pas tolérer.

Malgré cette évolution spectaculaire de l'opinion, un certain nombre d'idées fausses continuent de circuler, en France, sur les statistiques de la diversité.

Le 15 mars 2009, par exemple, le Président de SOS Racisme, Dominique Sopo déclarait au sujet de ce qu'il appelle les statistiques "ethniques" : « la priorité aujourd’hui est de lutter contre les discriminations et non pas de mesurer la diversité ».  Ce mot d’ordre est également celui de plusieurs autres associations antiracistes, avec lesquelles nous partageons une finalité commune : dénoncer le racisme et combattre les discriminations. Mais qui continuent à prôner, d'une manière très idéologique, des méthodes archaïques et inefficaces.

Comment peut-on vouloir lutter contre les discriminations sans disposer de chiffres ? Comment peut-on dire, comme on l'entend parfois, « qu'il ne sert à rien de connaître le nombre de discriminations en France pour lutter contre les discriminations » ?

Comment pourrait-on lutter efficacement contre le chômage sans connaître les chiffres du chômage ?

Ces associations continuent, en premier lieu, à défendre une solution exclusivement judiciaire, au cas par cas. On effectue un testing, on prouve une discrimination individuelle, et on condamne.

Cette méthode pose deux problèmes. D'abord, celui de l'efficacité. On ne peut pas aider les millions de nos concitoyens des minorités visibles, qui souffrent au quotidien de discriminations massives, en menant quelques dizaines ou même quelques centaines de procès par an. Ensuite, et c'est plus grave, les procédures judiciaires ne permettent pas de lutter contre les discriminations indirectes.

Les discriminations indirectes sont les discriminations les plus importantes et les plus dramatiques. C'est ce que l'on appelle le "plafond de verre", ce plafond qui interdit de progresser dans son entreprise au-delà d'un certain seuil, qui interdit, dans les faits, l'accès à certaines responsabilités. Ce plafond qui explique que, en France, il n'y ait aucun noir patron du CAC40, aucun ambassadeur noir, aucun noir dans l'état major de l'armée, 1 seule députée noire en métropole... Tout cela, alors qu'il y a des Noirs en France depuis des siècles.

Autre solution que continuent de défendre, envers et contre tout, les associations opposées à la mesure de la diversité : le CV anonyme. Sait-on bien ce qu'est le CV anonyme, du point de vue de celui qui l'utilise ? C'est simple : on demande à des jeunes arabes, des jeunes noirs, des jeunes habitants blancs du 93, des jeunes handicapés et pourquoi pas des jeunes femmes en âge d'avoir des enfants…  de cacher ce qu'ils sont. D'avoir honte de ce qu'ils sont. Et de commencer leur relation avec leur futur employeur par un mensonge. On ne lutte pas contre le racisme en demandant aux gens d'avoir honte de ce qu'ils sont. Bien au contraire. Et que se passe-t-il près le CV anonyme, imagine-t-on d'organiser des entretiens d'embauche anonymes ?

Non seulement cette méthode est indigne, et stupide, mais elle est, là encore, strictement individuelle.

Dernière méthode prônée par les adversaires de la mesure de la diversité : la recherche patronymique. On établirait des statistiques à partir des noms et des prénoms "qui n'ont pas l'air français". Mais qu'est-ce qu'un nom ou un prénom "qui a l'air français" ? Comment le définit-on ? Et que fait-on pour ceux qui, comme le président du CRAN, qui a coécrit cet article, s'appellent Patrick Lozès ?


En finir avec les Docteur Diafoirus de la diversité

Aucune de ces méthodes n'est sérieuse. Aucune de ces méthodes n'est efficace.

Il faut en finir avec ces "Docteur Diafoirus" de la diversité qui, au nom de la lutte antiraciste, administrent des remèdes qui sont parfois pires que le mal.

Il faut admettre nos erreurs passées et tout faire pour rejoindre nos voisins plus avancés que nous dans leur lutte contre les discriminations.

En partant de ce principe simple : avant de soigner un malade,  on établit un diagnostic.

Pour lutter plus efficacement contre les discriminations, nous avons besoin d'établir un diagnostic. Nous devons disposer de données objectives.

Nous devons sonder la société française pour comprendre avec précision les maux dont elle souffre.  Nous devons connaître nos concitoyens et nous de devons pas

avoir peur de les regarder en face. Nous ne devons pas avoir peur, comme le dit Rama Yade, "d'appeler un chat un chat".

Le CRAN est opposé à la collecte de données personnelles. Les statistiques de la diversité que nous défendons sont autodéclaratives, anonymes et facultatives.
Chacun est libre de répondre, ou non, et, s’il répond, de répondre ce qu’il veut. Aucun fichier n’est constitué. Aucune donnée nominative n’est conservée.
Quand l'INSEE établit des statistiques sur la consommation en France, elle ne connaît pas le nom et l'adresse de chacun des consommateurs français.

C'est le principe même de la statistique.

Il faut sortir du flou en matière de lutte contre les discriminations. Tout le monde sait qu’il est plus difficile pour un noir ou un arabe d’obtenir un prêt, ou d'intégrer une grande école dans notre pays.

Nous voyons, autour de nous, tous ces étudiants de couleur qui sont obligés de quitter le pays pour obtenir leur premier stage ou une première embauche, après avoir été formés en France. Tout le monde le sait, mais nous avons besoin de savoir précisément combien de personnes sont concernées, si le phénomène croît ou décroît dans le temps. Nous avons besoin de savoir, pour agir.

L'imprécision actuelle est coupable. Elle est criminelle. Elle fait le jeu des extrémistes, qui manipulent le sentiment de peur, faussent la réalité pour créer des mythes dévastateurs.

Par ailleurs, on le sait, des études existent déjà, à titre privé. Régulièrement, la communauté juive recense avec précision le nombre de juifs en France. Comme le rapporte le sociologue Michel Wieviorka, personne ne s’est jamais ému de l’existence de telles études. Le CRAN a lui-même publié en 2007, en collaboration avec l'institut TNS Sofrès, le premier baromètre des discriminations touchant les populations noires.

Nous en  sommes convaincus, le débat actuel sur les statistiques est un faux débat. Il semblera à nos enfants aussi désuet et incompréhensible que ces libelles qui paraissaient aux débuts du chemin de fer pour dénoncer les locomotives comme des "inventions du diable".

Redisons, encore une fois, que comme l'a rappelé récemment Yamina Benguigui, la plupart des pays développés ont mis en place de telles statistiques, pour pouvoir lutter contre les discriminations. Il serait incompréhensible que la France, pays des droits de l'Homme, reste à l'écart de ce mouvement, qui est un mouvement de progrès, humain et économique.

Le débat ne doit pas porter sur les statistiques. Car une fois les discriminations comptabilisées, il faudra que notre République trouve un moyen d’y remédier. Et si c’était cela, le véritable enjeu ?

* Patrick Lozès, Président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN)

** Laurent David Samama, Etudiant

 

08:32 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : discrimination, antiracisme, potes, citoyens | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

20/11/2008

Après les rapports Védrine et Attali, voici le rapport Wieviorka

Le grand sociologue Michel Wieviorka* (spécialiste des questions de différence et de diversité) a fait aux membres du CRAN, l’insigne honneur d’accepter de présider le conseil scientifique de cette fédération.

Il est rassurant d’obtenir de spécialistes de la trempe intellectuelle de Michel Wieviorka ainsi que des autres personnalités et grands chercheurs du conseil scientifique du CRAN, des réponses aux questions compliquées auxquelles nous sommes souvent confrontés.
Michel Wieviorka.jpg
Michel Wieviorka s’est vu confier par Mme Valérie Pécresse, Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, une mission d'études sur la question de la diversité dans l'enseignement supérieur et le monde de la recherche.
Michel Wieviorka à conduit sa réponse à un champ plus large que l'enseignement et la recherche et pour ce faire, il a réuni autour de lui une équipe de huit personnes.

Il a souhaité que je fasse partie de cette équipe en compagnie de Richard Beraha, Président de l’association Hui Ji, Giulia Fabbiano, Chercheuse associée au CADIS; Yvon Le Bot, Directeur de recherche au CNRS CADIS; Hervé Le Bras, Directeur de recherche à l’INED, Directeur d’études à l’EHESS; Jocelyne Ohana, Ingénieur d’études en sciences sociales CNRS, CADIS, Alexandra Poli, Chargée de recherche CNRS, CADIS, Catherine Wihtol de Wenden, Directrice de recherche au CNRS, CERI.
L'équipe a réalisé environ 80 auditions en 5 mois, plusieurs réunions de fond, dont une fameuse et riche sur les statistiques "de la diversité".
J'ai été enthousiasmé par cette aventure. J'en ai beaucoup retiré. J'en ai, bien sûr, énormément appris.

La diversité de Michel Wieviorka.jpg

Je recommande vivement la lecture du rapport Wieviorka à tous ceux qui se posent des questions sur ce mot « diversité » et, sur les thématiques liées : différences, injustices, discrimination, etc...


* Michel Wieviorka est président de l’Association internationale de sociologie et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, où il dirige le CADIS (Centre d’analyse et d’intervention sociologiques). Il dirige également, aux Éditions Robert Laffont, la collection « Le monde comme il va ».

08:59 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : rapport wieviorka, diversité, injustice, discrimination | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

21/03/2008

Moins de procès pour discrimination au travail, mais pas pour de bonnes raisons !

Les procès pour discrimination au travail risquent de se raréfier non pas en raison de la baisse des discriminations mais faute de temps.

De temps ?
Oui, le temps qui est l’allié le plus précieux pour mettre à jour des discriminations au travail, risque de manquer si le texte adopté en première lecture par le Sénat le 21 novembre dernier et était adopté en l’état à l’Assemblée nationale.
Que dit ce texte ? Il « porte réforme en matière civile »
En langage moins policé, il vise à réduire de 30 ans à …5 ans (oui, cinq ans) la durée de prescription devant les juridictions civiles.

Cette proposition de loi risque de réduire dramatiquement le nombre de procès pour discrimination au travail d’abord parce qu’il faut du temps pour se faire à l’idée que l’on est victime de discrimination; ensuite parce que c’est avec le temps que les différences de parcours entre les personnes discriminées et les personnes non discriminées, se révèlent les plus criantes

Enfin tout simplement parce qu’il faut du temps pour constituer les dossiers !

C’est la CGT qui la première s’est mobilisée contre cette proposition de loi. Mais il n’y a pas que les syndicalistes qui sont concernés par cette proposition de loi. Les femmes, les handicapés, les seniors, les minorités visibles, les homosexuels sont tous concernés.

Même monsieur tout-le-monde est potentiellement concerné directement ou indirectement.

De l’autre côté, certains employeurs font état des contraintes importantes que fait peser sur l’entreprise les risques de procès potentiellement nombreux qui de plus touchent des faits remontant à trente ans.

Ces arguments peuvent être entendus. Les responsables associatifs, les militants des droits de l’homme ne sont pas des ennemis irréductibles du monde économique.

Mais s’il est parfaitement légitime pour le monde économique de faire entendre sa voix, il devient moins légitime que le lobbying parlementaire soit utilisé d’une manière qui ne sert pas l’intérêt général.
Les députés se grandiraient à ouvrir largement le débat lorsque cette proposition de loi arrivera à l’Assemblée nationale.

Il est préférable que des négociations multipartites permettent l’examen de toutes les propositions sans en exclure aucune, afin que le dialogue social soit renforcé.


C’est ainsi que procèdent les grandes démocraties.

09:10 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Discrimination, travail, loi, diversité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu