Avertir le modérateur

11/02/2014

"Le crocodile du Botswanga": Ramassis de clichés

Parmi les arts, la poésie et le cinéma permettent de toucher rapidement un public nombreux.

 

Ceux qui font profession de nous instruire ou de nous divertir par le biais de ces arts doivent donc être particulièrement vigilants sur ce qu’ils contribuent à véhiculer car toute négligence en la matière a des conséquences démultipliées.

 

Le film "Le crocodile du Botswanga" ne sortira sur les écrans que le 19 février 2014 mais il fait déjà grincer les dents. Réalisé par le duo Fabrice Eboué et Lionel Steketee, on y retrouve Thomas Ngijol, Fabrice Eboué, Ibrahim Koma et Claudia Tagbo.

 

Les auteurs de cette comédie ont-ils été négligents ? Le moins que l’on puisse dire est que la bande annonce et le "teaser" du film ne font pas dans la dentelle.

 

En quelques secondes, c'est un épais ramassis des clichés les plus éculés sur l’Afrique et les Africains qui défile : Africains naïfs et au sourire niais, accents à couper au couteau, homophobie, corruption, président analphabète, sanguinaire... Tout y passe. Les Africains apparaissent tellement  idiots qu’ils font d’une chanson de salle de garde… leur hymne national !

Des stéréotypes renforcés

On pourrait penser qu’il ne s’agit que d’une farce potache et qu’enfiler des clichés comme des perles est au pire inoffensif. Erreur. Cette bande-annonce qui propose sans distance des clichés à gogo, risque de renforcer des stéréotypes déjà nombreux dans lesquels l’Afrique et les Africains ont été embourbés pendant des siècles et dont ils ont le plus grand mal à se défaire.

 

Comment se forge, se fige le stéréotype ? (étymologiquement stéréo veut dire solide). Quand se cristallise-t-il? Par la vieille bonne conscience pardi ! Et avec l’air de ne pas y toucher. Quant aux modes de transmission, ils sont multiples. Les supports de communication modernes en constituent aujourd'hui les vecteurs les plus puissants.

 

 La télévision avait fait son miel des représentations erronées mais efficaces de l’Afrique et des Africains… Rarement du positif, rarement de reportages sur les réussites. Longtemps il n’y était guère question d’eux que pour évoquer les violences dans les banlieues, le trafic de drogue et l’immigration clandestine.

 

L'image donnée des Africains sur tous les écrans est largement négative : grands enfants, massacres interethniques, corruption d’État. Ce sont exactement les mêmes antiennes que l’on retrouve dans la bande-annonce du "Crocodile du Botswanga".

 

Une catégorisation facile... et brutale

Si vous vous demandiez comment et pourquoi les stéréotypes les plus éculés continuaient de servir de pitance aux paresseux toujours prêts à flatter les instincts les plus vils des spectateurs, ne cherchez plus.

 

Rappelons-le, l’objectif du stéréotype est de piéger l’autre dans une identité péjorée. Cette catégorisation simpliste se révèle redoutablement efficace. Il s’agit d’une étiquette que tous les individus du groupe ostracisé devront endosser.

 

En se laissant aller à la facilité, les auteurs du "Crocodile du Botswanga" disent avec brutalité que nous n’en avons pas fini avec les stéréotypes sur l’Afrique et sur les Africains.

 

À l’heure de "12 Years a Slave", le drame historique américano-britannique réalisé par Steve McQueen, on reste interloqué de voir où nous en sommes encore dans notre pays.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu