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13/09/2009

Tintin au Congo nécessite de la pédagogie!

Je publie dans le Figaro daté d'hier et d'aujourd'hui, une tribune sous la forme d'une lettre ouverte au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand.

La polémique née en France il y a deux ans autour de l'album de bandes dessinées Tintin au Congo, du dessinateur Hergé, rebondit et menace désormais de se déplacer sur le terrain judiciaire.

Nous ne souhaitons pas l'interdiction de Tintin au Congo. Personne ne souhaite mettre Tintin au banc des accusés. Quel enfant n'a pas rêvé de devenir journaliste, détective ou cosmonaute, en lisant les aventures de Tintin ? Quel enfant n'a pas été émerveillé en découvrant On a marché sur la Lune, qui préfigurait, avec quinze ans d'avance, les premiers pas de la conquête spatiale ?

Tintin au Congo est offensant, mais nous sommes convaincus qu'il ne faut pas l'interdire, parce qu'il constitue un témoignage irremplaçable sur le passé de la France et sur les feux, toujours mal éteints, de la colonisation. Il nous appartient, non pas de censurer, mais d'expliquer, de saisir cette occasion pour éclairer, sous un jour nouveau, par une pédagogie nouvelle, des pans entiers de notre histoire.

Tintin au Congo véhicule les stéréotypes racistes de son époque. Hergé l'a lui-même reconnu : « J’étais nourri des préjugés du milieu dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : "Les nègres sont de grands enfants, heureusement que nous sommes là !", etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque »

Dans Tintin au Congo, les Noirs sont représentés comme on les voyait avant la Seconde guerre mondiale. Ils s’expriment comme des imbéciles. Dans cet album, les chiens parlent un meilleur français que les Noirs. Les Noirs élisent un chien pour roi et se prosternent devant sa statue.

Tintin au Congo renvoie à cette période de notre histoire où considérer les Noirs comme des êtres inférieurs, comme de grands enfants incapables, était permis. Où la France célébrait le "bon temps des colonies", en oubliant que ce temps était aussi celui du mépris, de la sujétion et de la mort, pour des millions d'hommes, de femmes et d'enfants.

En 2009, on peut juger que ce racisme à l'imagerie bestiale est celui d’une époque révolue. Mais nous pensons, pour notre part, qu'il n'est jamais très loin. Il suffit de se rendre dans un stade, pendant un match de football, et d'entendre certains supporters pousser des cris d’animaux dès qu'un joueur noir touche le ballon, pour se dire que, près de 80 ans après la publication de Tintin au Congo, beaucoup de progrès restent à faire.

Nous ne voulons pas interdire Tintin au Congo. Même si de nombreux pays envisagent actuellement de le faire et si une bibliothèque, à Brooklyn, aux Etats-Unis, a déjà pris l'initiative de restreindre sa consultation à un public averti. Nous sommes pour la liberté. Mais la liberté ne saurait aller sans responsabilité.

Nous demandons, donc, qu'une explication soit publiée en préface de l'ouvrage, afin que le public, et en particulier le jeune public, puisse comprendre qu'il s'agit là d'une caricature, à replacer dans son contexte historique. Cette préface doit être l'occasion de rappeler que la colonisation a fait partie de notre histoire, et qu'il ne faut pas oublier l'idéologie sur laquelle elle s'appuyait, idéologie qu'illustre Tintin au Congo.

Nous vous demandons, Monsieur le ministre, vous qui avez la charge de la politique culturelle de notre pays, de soutenir cette proposition, afin qu'une solution intelligente, et respectueuse de tous, puisse être trouvée au problème particulier posé par Tintin au Congo.

16:33 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : tintin, congo, pédagogie, tribune mitterrand | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

On ne peut qu'être surpris du raccourci saisissant que vous faites de la période coloniale en écrivant "Où la France célébrait le "bon temps des colonies", en oubliant que ce temps était aussi celui du mépris, de la sujétion et de la mort, pour des millions d'hommes, de femmes et d'enfants." Sur quoi appuyer l'assertion de millions de morts liés à la seule période coloniale ? (je n'ignore pas les massacres militaires de Madagascar, d'Oran etc...)
Il serait clarifiant de distinguer la période de l'esclavagisme de celle des colonies (c'est à dire l'installation d'Européens sur place), et son but ambigu de développement local. Et de même la période post coloniale où beaucoup de choses ne semblent pas s'améliorer. (Rwanda, Soudan, Somalie, Zimbabwe, Côte d'Ivoire, Tchad...).
Tintin au Congo (belge) est utile pour bien voir d'où l'on part. Déduire du comportement de quelques individus qui ne respectent d'ailleurs pas plus des joueurs noirs que les joueurs tout court des autres équipes (cf l'affaire des Ch'tis au stade de France), que nous sommes toujours dans la même vision du monde et de l'Afrique relève de l'erreur de jugement. Les problèmes de notre époque sont d'une toute autre nature, (élections au Benin par exemple) et demanderaient plus qu'une préface à Tintin au Congo.
Mais si vous souhaitez développer le jugement de tout lecteur sur tout livre et mettre en évidence les lacunes historiques que l'appartenance d'un auteur à son époque et sa société ont instillé dans ses écrits à la fois comme un témoignage et un poison, je ne peux que vous suivre. Le nombre d'écrits qui méritent ce décapage est innombrable et nombre de contenus encore plus consternants. (juste pour sourire, connaissez-vous Becassine) ?

Écrit par : otok tone | 13/09/2009

Et voici la dernière aventure de TINTIN : TIntin en enfer

Écrit par : otok tone | 13/09/2009

cher " anti- goudron" ( devrait on y voir quelques métaphores bien placées???) ...
je souhaiterais simplement savoir ce que vous entendez par évolution du nègre, et surtout par rapport à l' homme blanc...en employant le terme de " primate", soutenez vous la thèse comme quoi cette race était encore au stade animal quand l' homme blanc a mis les pieds sur le continent africain? enfin, qu' entendez vous par " il refuse de faire mieux" ?
il est parfois navrant de voir que certains commentaires qui suivent des idées, non pas dogmatiques, mais étayées par des arguments qui ont le mérite d' ouvrir à la discussion, sont purement et simplement dénués de toutes logique voire intelligence et s' appuient sur du vide ... c' est sûrement ce constat qui fait que certains êtres, et ceux-là n' ont pas de couleur, refusent de faire mieux que la condition dans laquelle leurs ancêtres les ont enfermé...
pour paraphraser un auteur inspiré ( celui-là ), TIME WILL TELL ....

Écrit par : swbajan | 14/09/2009

whaou anti goudron,

c'est impressionnant, je suis souflé par ce que je viens de lire.

je m'insris en faux : je suis blanc et extrèmement choqué par ton discour, je ne te permet pas de m'inclure dans les 5% du fn qui utilise des termes comme les tiens.

quelle honte !

et en plus tu fais le jeu de tous ceux que tu essais de soi-disant combattre en apportant avec ces anneries bien plus que de l'eau à leur moulin

planquez vous les kapos sont de retour!

Écrit par : richard | 14/09/2009

Triste commentaires que je vois plus haut...

Enfin bon, face à votre acharnement, J'en rajoute un peu et réécris les aventures de Tintin et Milou :

- Tintin au Rwanda…: Tintin se fait couper en morceaux à la machette, bd d'une page...
- Tintin en Ethiopie : il meurt de faim
- Tintin en Somalie : Tintin et le bateau du capitaine Haddock sont pris en otage par des pirates.

Si, si, c'est l'Afrique d'aujourd'hui ça !! Hergé aurait employé ces clichés là si l'album était écris aujourd'hui. Finalement, la version de Tintin au Congo est assez "Bisounours".
En effet il faut écrire en préface que "Cette vision décrite par Hergé ne reflète pas l'Afrique d'aujourd'hui, et qu'il est déconseiller pour un blanc de se promener seul et de lire cette album durant une croisière au large de la somalie" ...Si jamais des pirates se montraient...

Enfin plus sérieusement, les parents savent éduquer leurs enfants et j'en suis sûr sauront expliquer cet album sans avoir besoin de texte pour éduquer les gens !! Car il en faudrait sur de nombreux ouvrages aux préjugés douteux. (Ce que vous ne dites pas c'est qu'à la bibliothèque de Brooklyn, Tintin est sous coffre, mais que Mein Kampf lui est dans les rayons, et sans préface éducative. véridique)

Les albums de Tintin sont aussi plein de bon sens et de messages anti-descriminatoire..les avez-vous tous lus ?

J'espère que vous serez déboutés. Cette action ne vous sert pas.

Écrit par : Ferdidemalaga | 14/09/2009

M.Lozes c'est d'une tristesse vous confondez "tous les noirs" avec "les africains". Il est vrai que les "africains" sont plutôt noirs (la notion de chance de l'immigration et de richesse du multi-culturalisme ne semblant pas trouver échos la-bas allez savoir pourquoi) mais "les noirs" ne sont pas tous "africains". Peut-être que Tintin au Congo présente une image fausse de l'Afrique mais faut-il accabler pour autant l'arriération culturel qui sévit en Afrique en y apposant des additifs "éducationnels" (attention Tintin au Congo ne représente pas une image fidèle de l'Afrique des enfants-soldats, épuration ethnique à la machette, l'esclavage des enfants, l'excision des fillettes, etc, etc))

Écrit par : Che | 14/09/2009

attaquer cette bande dessiné si longtemps après sa parution me parait issu d'un esprit étroit Mais à parler de cela qu'en est-il de l'affaire HARIBO puisqu'une plainte a étée déposée pour avoir baptisé des friandises "tête de nègres". Puisqu' apparemment une personne s'est sentie visée et humiliée par cette appellation.

Écrit par : maisencore | 14/09/2009

J'avais prévenu. Je vous avais dit Mr Patric Lorèz qui fallait faire attention à ne pas faire le jeu de l'extrême droite (http://diversite.20minutes-blogs.fr/archive/2009/09/02/la-bagarre-s-engage-sur-tintin-au-congo.html)
Et voilà des commentaires comme : anti-goudron, Opossom.
Mr Lorèz vous ne faite qu'empirer les choses. Avant de foncer tête baisser, réfléchissez à l'impact de vos paroles.

Écrit par : Emeric | 14/09/2009

http://www.ebenes.org

Votre article est véridique monsieur Lozès. Plein de logique. Il est navrant de voir aujourd'hui que ceux qui se prétendent avoir la suprême ideologie ne sont juste que des êtres non-cvilisés dénués de sens.

Je vise monsieur Besson qui fait un droit d'honneur, Sarkozy qui dit casse-toi pauv con et qui a un complexe d'infériorité, Hortefeux qui fait ses petites blagues racistes.

Les vrais racailles ne sont pas là où on croit.

Bien à vous.

Écrit par : Ebène | 14/09/2009

Il n'y a pas des sujets plus graves à s'occuper Mr Lozès ? C'est tendre la joue aux vrais racistes de soulever des faux problèmes, il n'a qu'à lire le fil des coms, bien plus graves et insultants que Tintin au Congo.

Écrit par : menfin | 14/09/2009

il y a prescription sur cette édition qui fait partie de l'HISTOIRE
pourquoi revenir sur un passé REEL ?

Écrit par : JYR | 14/09/2009

L'offense dans cette affaire est faite à l'intelligence des hommes.

Écrit par : Fran | 14/09/2009

J'ai l'impression que cette affaire fait plus de pub à Tintin qu'autre chose.

De toute façon Hergé est Tintin sont absous de tous les soupçons de racisme qui pèsent sur eux en partie par le prochain film de Spielberg et Peter Jackson et vous même vous le faites avec raison.
http://www.actuabd.com/Nick-Rodwell-Spielberg-m-a-dit-droit-dans-les-yeux-je-veux-le-faire-ce-film

Qui empêche ce travail pédagogique que vous appelez de vos voeux pour Tintin ? L'éditeur : Casterman/Flammarion ? les ayants droits : Moulinsart ? qui d'autre ?

Ne laisseraient-ils pas faire un peu faire les choses pour faire le buzz sur Tintin ?
Et par la même occasion sur le Cran ?

Mais je fais du mauvais esprit...

Parce que ce n'est pas difficile justement de faire une petite préface sur ce livre pour calmer les esprits (Casterman fait des choses plus scandaleuses ethniquement et esthétiquement sur les œuvres des auteurs qu'ils publient ou republient : un exemple parmi tant d'autres : http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/09/24/casterman-condamne-pour-malfacon

Tintin a été tellement publié dans tous les sens que ce n'est pas la pire des injonctions. Hergé avait fait redessiner coloriser tous les Tintin après la guerre pour plaire aux goûts de l'époque. (Il n'y a que Tintin chez les soviets qu'il n'a pas refait)

Si il y a un scandale autour de la liberté d'expression et de Tintin c'est l'aspect un peu (sic) procédurier des ayants droits de Hergé.

Le reste c'est du buzz médiatique.

Écrit par : Ale | 14/09/2009

Un peu d'histoire: Tintin est un personnage de fiction créé par le dessinateur belge Hergé Belge comme le Congo de l'époque du même nom ex propriété du Roi des Belges cédé ensuite au royaume de Belgique.
Le reporter Tintin vivait 26 rue du Labrador, rue qui existe à Bruxelles, et à regarder les indices vous verrez que tout est Belge en référence;
Le même Roi qui sous prétexte de manque de productivité faisait couper les mains des congolais, des centaines de photos existent et comme le ghetto de Varsovie et la Shoa ce sont des faits à ne pas renier, ainsi que la Palestine et ses problèmes d'aujourd'hui.
Alors que viennent faire les français ici, surtout dans un pays qui n'est pas une ex colonie mais celle du Royaume de Belgique. Pour vivre dans l'ex Congo belge depuis 1994, il existe des belges qui traitent encore les congolais comme de la m….. et d'autres qui sont charmants car pour eux (certains y sont nés) c'est leur pays plus que le royaume de Belgique.
Même si dans certaines régions la barbarie règne encore, dans l'est vers Goma et les frontières rwandaises burundaises et ougandaises, comme dans certaines aventures de Tintin sachez trouver à qui profite le crime, et le Congo n'a pas à envier les affaires Dutroux et autres scandales sur des commissions perçues (pots de vins) dans la vente d'avions de chasse, ou encore le dernier en date édition du Figaro du 14 08 2009.
Laissez Tintin continuer son chemin et laissez les Nègres comme vous les appelez ci qui est péjoratif, vivre leurs vies, vous avez aussi des leçons à recevoir d'eux sur leur accueil, leur hospitalité surtout si vous ne les prenez pas pour vos esclaves modernes.
Je finirais juste sur une citation de Gandhi sur la tolérance, bonne journée à toutes et tous. Pascal
La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.

Écrit par : paskinois | 15/09/2009

Zegma, par vos propos racistes, vous ne valez pas mieux qu'anti-goudron

Écrit par : commandant_minos | 15/09/2009

@zegma
"Il n'existe selon moi aucune raison logique de ne pas répondre de la même façon au commentaire d'anti-goudron"
Vous n'avez aucune morale ?

Écrit par : commandant_minos | 16/09/2009

@Zegma,
j'ai condamné les propos d'anti-goudron sur ce même blog, mais sur une autre note. Je les condamne autant que les vôtres, soyez-en assuré.

Écrit par : commandant_minos | 16/09/2009

Encore un parallèle très démago, entre le salaire des g patrons et le footballeur. Les salaires de certains footballeur, les grandes stars, sont en effet indécents mais n'ont aucunes conséquences sur la société extérieure (c'est l'argent du club et des actionnaires) et se trouve à la retraite à 35 ans. Alors que la collusion entre patrons et actionnaire est contre-productive pour la croissance. En effet, le patron ne défend plus l'entreprise, mais ses actionnaires, et ce n'est pas du tout la même chose. Il doit le plus souvent privilégier les gains immédiats aux dépends des investissements dans la production. En privilégiant les gains immédiats, on tue la poule aux oeufs d'or.
Quant à la rémunération des patrons, elle est le plus souvent indécente, gagner tous les mois une vie de SMIC, c'est immoral et inutile, d'autant plus que la rémunération n'est que rarement liée aux performances de l'entreprise (voir les parachutes dorés de certains patrons qui ont planté leur entreprise) et prive les autres de toute augmentation de salaire.

Écrit par : Frence | 17/09/2009

Il ne fait pas de doute que "Tintin au Congo" est un excellent point de départ pour une réflexion pédagogique sur la représentation de l'Afrique par les Européens au début du 20ème siècle. Mais à condition de ne pas tomber dans un catéchisme aussi ennuyeux qu'inutile, d'éviter des simplifications tout aussi naïves que celles d'Hergé, et surtout de ne pas introduire inconsciemment de nouvelles formes de racisme.

L'interdiction pure et simple de publication serait évidemment une mesure complètement inappropriée; je vois d'ailleurs assez mal comment on pourrait la justifier au nom d'une politique anti-raciste alors que le texte intégral de Mein Kampf est téléchargeable dans le monde entier. Et de toutes façons la censure des écrits "poliiquement incorrects" n'est pas le bon moyen de faire progresser les idées.

Mes propres souvenirs de gamin me soufflent que l'insertion obligatoire d'une préface "obligatoire, pédagogique et politiquement correcte" devant toute réédition d'une vieille bande dessinée serait parfaitement inefficace, voire ridicule. Si les parents ou les éducateurs croient réellement que cette lecture risque de donner "de mauvaises idées" à la jeunesse (qui pourtant en voit bien d'autres de nos jours), c'est peut-être parce qu'ils sont eux-mêmes affectés par un racisme refoulé dans l'inconscient. Si le lecteur est dans un état de délabrement culturel et social tel qu'il puisse prendre Tintin au Congo pour une description de l'Afrique réelle, et que son entourage le laisse dans cette croyance, ce ne sont pas quelques pages d'explications bien-pensantes qui le sortiront de son ornière (d'ailleurs il ne les lira pas). Et ce n'est pas parce qu'Hergé prenait les Noirs pour des enfants qu'il faut prendre ses lecteurs pour des demeurés. Pour détruire les préjugés malsains dans ce domaine, mieux vaut lire un poème de Senghor ou raconter la vie de Martin Luther King que de nous infliger un préchi-précha insipide sur les errances de Tintin.

Au passage, rappelons qu'Hergé était Belge, que l'histoire se passe dans une colonie belge, et que "Tintin au Congo" reflète une vision populaire de l'Afrique qui était répandue dans tout l'Europe de l'Ouest et au-delà. Il s'agit donc d'un témoignage sur l'idéologie coloniale en général et non sur le passé de la France, ce qui mérite d'être précisé si on veut être pédagogique pour de bon.

Le point de vue raciste de Tintin est par ailleurs ambivalent et mérite d'être expliqué dans son intégralité. D'un côté les Noirs sont présentés comme de grands enfants, mais de l'autre apparaît (notamment avec le personnage du sinistre Gibbons) une dénonciation (naïve mais réelle) de l'impérialisme, qui mérite d'être signalée car elle est remarquable pour l'époque, et qu'on retrouve dans d'autres volets de l'oeuvre d'Hergé (ex: L'oreille cassée, Le Lotus Bleu). Si les Noirs sont décrits comme des idiots, ils sont également présentés comme des victimes de la brutalité d'hommes d'affaires sans scrupules arrivés dans les fourgons du colonialisme. On retrouve d'ailleurs la même idée dans Coke en Stock, où est dénoncé un commerce d'esclaves noirs par un réseau de bandits blancs (arabes et européens); Hergé a osé cela alors que les puissances européennes étaient censées avoir éradiqué de telles activités sur toutes les mers du globe. Ce qui transparaît dans son oeuvre en matière de racisme semble donc être un avatar du vieux mythe du "bon sauvage", tendant à présenter les "indigènes" des colonies comme primitifs et gentils, par opposition aux envahisseurs blancs évolués et corrompus.

Il est temps de sortir de la dialectique raciste, et pour cela il est indispensable de cesser de présenter la tragédie coloniale comme s'il y avait seulement d'un côté le Blanc prédateur rusé et de l'autre le Noir victime innocente. Le rôle du Noir, présenté ainsi, est ambigu: à force d'être, pendant des siècles, l'innocent qui se fait avoir, il pourrait passer pour pas très malin, et cela nous ramènerait insidieusement dans le Congo imaginaire de Tintin. Il est temps aussi de sortir des susceptibilités asymétriques et de considérer Blancs et Noirs sur un pied d'égalité. Moi qui suis né dans la catégorie des Blancs, ça ne m'empêchera pas de dormir si quelqu'un quelque part publie un manifeste raciste contre les Blancs; je souhaiterais qu'il en soit de même pour tout le monde. Ce que je redoute dans l'affaire de l'éventuelle censure de "Tintin au Congo", c'est le message non-dit, effroyablement raciste et pervers, qui se cache derrière; un message selon lequel il faudrait "faire attention avec les Noirs" parce qu'ils seraient "plus susceptibles que les autres". Tant qu'on n'aura pas extirpé ce préjugé nauséabond de nos consciences, aucune relation inter-ethnique saine et décrispée ne pourra s'instaurer. La campagne contre Tintin au Congo est en réalité le manifeste d'un racisme qui s'ignore. C'est aussi la marque de la seule race avec laquelle j'ai toujours eu du mal à m'entendre: celle des gens qui n'ont pas le sens de l'humour (car, quoi qu'en pensent les esprits frileux, l'humour est un meilleur antidote que la censure contre le racisme et les autres formes de paranoia sociale).

Quant au fait historique de la sujétion et de la mort qui a marqué le temps des colonies, il serait mal avisé, d'un point de vue pédagogique, de le présenter comme une caractéristique propre aux relations Blancs-Noirs durant les trois derniers siècles. C'est une tragédie qui s'est répétée à toutes les époques de conquête impérialiste, et dont le volet racial (ou raciste) ne résume pas toute la réalité. Il se trouve que, de mémoire d'homme, en Afrique, les Blancs (d'abord arabes et maghrébins, puis européens) ont toujours été les envahisseurs et les Noirs les envahis, et qu'on n'a jamais eu l'occasion de savoir comment aurait pu tourner une colonisation du Nord par le Sud en termes de relations inter-ethniques. Cela dit, les discours qui présentent la relation Blancs-Noirs comme une stricte relation Méchants-Gentils colportent une idéologie non moins raciste que celle de Tintin. La colonisation a été permise par un contexte historique tel que les Noirs se sont trouvés en position de faiblesse au moment où l'Europe débarquait chez eux. Cela dit, ils n'ont jamais été ni plus bêtes ni plus gentils que les envahisseurs blancs. Avant et pendant l'époque coloniale, il y a eu des prédateurs Bantous en Afrique. N'oublions pas que la traite des Noirs, premier grand crime de l'époque coloniale, a été rendue possible par la participation active de chefs de clans qui n'ont pas hésité à livrer des guerres inter-communautaires pour rafler des "ressources humaines" chez leurs voisins et les livrer aux trafiquants européens. Si ces derniers avaient dû systématiquement exécuter eux-mêmes des raids armés dans l'arrière-pays pour capturer les esclaves, l'opération n'aurait pas été commercialement rentable et n'aurait donc pas pu avoir lieu à une aussi grande échelle. N'oublions pas, par exemple, que Samory Touré, héros de la résistance anti-coloniale en Afrique de l'ouest, surnommé "le Napoléon Noir" par les Européens, a lui-même bâti son empire par la violence, en commettant des actes qui seraient aujourd'hui qualifiés de crimes contre l'humanité contre les communautés noires qu'il a brutalement soumises. Et à l'occasion, il est allé jusqu'à vendre des esclaves pour acheter des fusils...

Or le Congo imaginaire d'Hergé escamote tout cela. Les Noirs y sont montrés comme des innocents aux deux sens du terme: "idiots mais pas coupables". Il ne serait pas très pédagogique de substituer à cette vision une autre vision aussi simpliste, consistant à attribuer avec condescendance aux Noirs le statut d'une "espèce protégée" dont il faut parler avec précaution sous peine de censure. Et plutôt que de ressasser les mêmes fredons post-coloniaux pendant des siècles, il vaudrait mieux s'apercevoir que les Noirs ne sont pas des innocents, c'est-à-dire qu'ils sont, comme les Blancs, capables de tout, y compris du meilleur et du pire.

Écrit par : Jean-Marie Gouarné | 17/09/2009

@Jean-Marie Gouarné :

Très bon commentaire. Ca change de ce que l'on peut lire ici habituellement.
L'idéologie outrancière anti-raciste porte effectivement en elle une sorte de racisme "à l'envers" ou de néo-colonialisme en suggérant que les noirs seraient une espèce à part à protéger et incapables de remettre un bande dessinée des années 30 dans le contexte de l'époque.
Cet anachronisme permanent de notre époque qui veut juger le passé avec la mentalité d'aujourd'hui est horripilante et stupide. D'autant que, comme vous le soulignez dans votre message, Hergé peut également être considéré comme un précurseur de l'anti-colonialisme (présent dans bon nombre de ses albums).

Écrit par : VF | 18/09/2009

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