Avertir le modérateur

10/05/2015

Esclavage: Un Mémorial ACTe à la hauteur des enjeux

A l'occasion de la Journée de la mémoire de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions, le président de la République François Hollande a inauguré aujourd'hui à la Guadeloupe en présence de plusieurs chefs d'Etat africains et caribéens le Mémorial ACTe, un des plus importants lieux de mémoire jamais dédiés à l'esclavage.

La mémoire de l’'esclavage longtemps refoulée commence à trouver une juste place dans le récit national français depuis qu’en 2006 Jacques Chirac a décidé de faire du 10 mai la Journée commémorative l'esclavage en métropole.

Memorial ACTe, esclavage, commémorations, 10 mai, mémoire, François Hollande, Jacques Chirac, , musées, cntres culturels, nouveaux négriersLe Mémorial ACTe s'inscrit dans cette évolution qui permet à notre pays d’'assumer son passé et de s'engager dans des réparations uniquement collectives.

Le Mémorial ACTe permettra aux descendants des victimes de l’esclavage de comprendre et faire comprendre l'horreur.
I
l permettra également à l'ensemble des Français d’apprendre du passé pour s’approprier cette mémoire qui ne peut être qu’une mémoire commune, et non pas une mémoire de quelques-uns contre d'autres.

Les musées, les instituts ou les centres culturels autour de l’esclavage contribuent à ce que l'histoire commune rassemble la nation de manière apaisée.

La journée du 10 mai et l'inauguration du Mémorial ACTe de Pointe-à-Pitre sont aussi l'occasion de s'interroger sans polémiques inutiles sur la manière dont la mémoire de l'esclavage peut trouver sa juste place dans les programmes scolaires.
Une seule ombre au tableau: en voulant insister sur le combat toujours actuel de la lutte contre l’esclavage le président de la République a parlé des «nouveaux négriers» qui monnaient des cargaisons humaines.
M. Hollande aurait pu faire l’économie de l’expression « nouveaux négriers » qui est irrespectueuse et blessante. S’il y des nouveaux négriers, qui sont les nouveaux "nègres" ?

La langue française regorge de mots que le président de la République aurait pu utiliser.

Français pour les statistiques ethniques: Un projet de loi est urgent

Un sondage* Odoxa pour ITélé publié le 8 mai 2015 montre qu'une majorité de Français (55%) est favorables aux statistiques ethniques.

En revanche, les Français se déclarent choqués (54%) par les méthodes employées par Robert Ménard, le maire de Béziers, qui a autoritairement assigné des enfants des écoles de sa ville à la confession musulmane sur la base de leurs prénoms.

Les statistiques ethniques n’ont rien à voir avec le fichage ethnique qui consiste à associer le nom d’une personne à son origine, à sa couleur de peau, sa religion etc.

Les partisans des statistiques ethniques ou de la diversité sont opposés au fichage ethnique.
Il faut dire oui aux statistiques ethniques et non à la constitution de fichiers ethniques.

Statistiques ethniques.jpgCe sondage marque une évolution favorable et très satisfaisante de la société française. Les statistiques ethniques ou de la diversité permettent d’évaluer les politiques publiques de lutte contre les discriminations.

Il est maintenant temps que le premier ministre Manuel Valls qui a déclaré à plusieurs reprises être favorable aux statistiques ethniques dépose un projet de loi sur les statistiques ethniques et que ce projet de loi fasse l'objet d’un grand débat parlementaire.

L'objectif est d’autoriser la conduite d'études pour mesurer notamment le niveau des discriminations, en restant dans le cadre des rapports scientifiques expressément autorités par la Commission nationale informatiques et libertés (CNIL).

Les discriminations les plus nombreuses et les plus graves sont les discriminations indirectes qui ne peuvent être révélées qu'à l'aide d’un outil statistique.

Les statistiques ethniques ou de la diversité constituent le meilleur outil contre le repli identitaire parce qu'elles expriment un signal fort de l'investissement des pouvoirs publics dans la lutte contre les discriminations.

*Sondage réalisé par internet les 7 et 8 mai 2015 auprès d'un échantillon de 1.008 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Notice consultable auprès de la commission des sondages.

24/02/2015

République et entreprise, mêmes valeurs

Je signe sur le site des Echos, un papier reproduit ici

La République doit se mobiliser, au côté de l'entreprise, pour lutter contre les discriminations et poursuivre sa politique d'inclusion.

Les fondateurs de la IIIe République ont doté la France d’un mode d'organisation sociale exigeant et généreux: gratuité de l’école, éducation obligatoire, enseignement public laïc, liberté de la presse, lois sur le droit de grève ou d’association, légalisation des syndicats, séparation de l'Église et de l'État…

Contreparties républicaines

Le contrat social qui sous-tend la vie collective suppose de la part du récipiendaire des bienfaits publics, une adhésion aux valeurs de la communauté nationale, à sa culture, à sa langue et un accord pour participer à la pérennisation du pacte.

Les Echos, lesechos.fr, république, entreprise, inclusion, gauche, droite, contrepartie, inclure, école, éducation, Hyper caher, Lassana Bathily, Michel Emsalem, RenanL
a France est inclusive, ce qui contribue au respect et à l’admiration dont elle bénéficie. La générosité républicaine a rarement été remise en cause par les pouvoirs successifs -de gauche ou de droite- qui l’ont enrichie: sécurité sociale, retraite, participation, programme national de rénovation urbaine, loi de programmation pour la cohésion sociale... En matière d’inclusion il n’y a pas d’un côté une gauche forcément altruiste et de l’autre une droite qui serait individualiste.

Mais voilà, depuis la fin des années 1960 la France renonce à l’apprentissage de la République et de ses principes. Or ces années correspondent à l’arrivée sur le territoire national d’un nombre important de populations originaires du Sud.

En n’informant pas très tôt ces populations de ce que la Nation attendait d’elles, le pouvoir et la société ont omis de s’acquitter du devoir supérieur de transmettre l'idéal républicain ainsi que ses contreparties.

En effet la République soutient, protège, soigne, respecte les croyances ou les appartenances, elle contribue à la liberté, à l’éducation, à la formation, à la carrière, ce qui impose en retour une allégeance lucide et une mise en commun d’une partie de la valeur ajoutée générée. C’est cet essentiel-là qu’il s’agit désormais de réaffirmer sans concession et avec humanisme. C’est le sens du vivre ensemble qui ne mobilise pas si les droits ne sont pas en permanence associés à des devoirs.

Esprit d'inclusion 

Quant à elles, les ruptures de l’égalité trop nombreuses finissent par décevoir des populations qui devraient être les plus zélés défenseurs des valeurs d’une République qui fait beaucoup pour elles.

J
e garde en mémoire ce que m’a contée cette jeune fille d'origine africaine qui après avoir aidé une dame âgée à traverser la rue comme elle l'aurait fait tout naturellement dans son pays d'origine, a été très touchée lorsque cette dame l'a serrée dans ses bras pour la remercier. Elle me disait avoir eu le sentiment d’appartenir à la communauté française tant l’émotion qu’elles ressentaient toutes les deux était forte.

On dit souvent que les discriminations sont principalement sociales. Il n’y a pas de hiérarchies entre les discriminations qui toutes sont des offenses aux individus. Une personne pauvre aura du mal à se loger et à trouver un emploi mais un Français pauvre ET issu de l’immigration est quasiment certain de ne pas facilement pouvoir se loger ou trouver un emploi. Les discriminations s’additionnent et ne s’éliminent pas entre elles.

La communauté nationale doit donc se mobiliser contre les discriminations sociales et celles liées à l’origine pour éviter que les populations touchées par ce fléau n’en soient réduites à devoir trouver elles-mêmes des solutions, ce qui ne peut que renforcer le communautarisme.

Au XIXe siècle lorsque sous le choc de l’exode rural des populations se sont dirigées vers les grandes villes en quête d’emploi, sous le Second Empire et la IIIe République, le pays s’est mobilisé pour apporter des réponses économiques, sociales et politiques. Les Auvergnats, les Corréziens, les Bretons du XIXe siècle étaient plus loin du Parisien standard que le gamin d’Aubervilliers l’est aujourd’hui d’un habitant du XVIe arrondissement de Paris. Et pourtant la cohésion a fini par l’emporter. N’est-ce pas cela une démocratie inclusive ?

Pour relever le défi qui se pose aujourd’hui à notre pays, l’entreprise aura un rôle déterminant. Il y a quelques années, sous l’impulsion de Claude Bébéar, les entreprises s’étaient distinguées en imposant avec succès la charte de la diversité.
D’autant que bien mobilisée, la diversité de la société française contribuerait largement à la conquête de nouveaux marchés. Les millions de personnes disposant de plusieurs codes culturels et de réseaux à l'étranger représentent un levier puissant de la croissance française et une chance pour la conquête de marchés extérieurs. La France pourrait mieux utiliser les compétences de ces citoyens adaptables à de nombreuses situations et très motivés.

L
’inclusion est dans la nature même de l’entreprise et je me souviens de ce jeune Normand, fils d’ouvriers qui me racontait sa fierté d'avoir pris la parole et d’avoir été écouté avec respect pour la première fois, lors de sa première réunion professionnelle.

Récemment, Michel Emsalem, le patron de la supérette Hyper Cacher de la porte de Vincennes qui a recruté Lassana Bathily -musulman pratiquant- et ce dernier qui a héroïquement caché et sauvé des clients du magasin puis a donné de précieux renseignements aux forces de l’ordre, ont démontré tous les deux que le monde du travail est inclusif.

En France le sursaut a toujours suivi les périodes de crise ou de doute. La France a toujours fini par surmonter ses difficultés pour aller de l’avant.
« Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir. » disait Ernest Renan.

Faire de grande choses ensemble ? Les entreprises ont déjà beaucoup fait pour l’inclusion et elles sont certainement prêtes à en faire encore plus. La solution passera par la République et par l’entreprise.

13/02/2015

Progrès et défis de l’acceptation de la différence au travail

Expectra publie un billet que je signe et qui est reproduit ci-dessous.

http://www.leblogexpectra.fr/ces-differences-qui-derangent-au-travail_11503.html?utm_source=MD&utm_medium=email&utm_campaign=NewsletterExpectrafev2015


La société française s’est construite sur un idéal
: que les individus soient traités selon leurs mérites et sans distinction basée sur des critères prohibés par la loi.

Le monde du travail pour sa part, relève avec constance de colossaux défis pour traduire cet idéal dans la réalité.

L’entreprise est un lieu de création de richesses. C’est aussi un lieu de création de rapports humains et de relations entre des individus qui ne sont pas exempts de préjugés ou de stéréotypes.

Le refus de la différence est souvent lié à ces préjugés et stéréotypes qui peuvent déboucher sur des discriminations, c’est-à-dire un traitement inégal et défavorable appliqué à certaines personnes en raison de critères interdits par la loi.

CExpectra, différences, entreprise, Bébéar, travail, préjugés, stéréotypes, recrutement, progrès, défises critères ne cessent d’augmenter (il y en a 20 aujourd’hui*), ce qui montre que le monde du travail est en perpétuelle adaptation pour l’acceptation des différences.

En effet, les engagements nationaux internationaux ont amené et continuent d’amener notre pays à inclure des articles précis de condamnation des discriminations dans la législation. Sans remonter jusqu’à la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen d’août 1789, on peut citer la constitution de 1946 ou celle de 1958 qui (déjà) rejettent les discriminations. Plus récemment on peut citer  la loi de 2005 qui renforce l’obligation de réserver 6% de l’effectif salarié au bénéfice des travailleurs handicapés.

Plus récemment encore, c’est par la loi qu’il a fallu en 2011 et en 2014 intervenir pour que les entreprises parviennent à une représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration.

Il convient de rappeler l’apport des grands patrons qui sous l’influence de Claude Bébéar, fondateur et ancien président d’AXA, ont en 2004 mis en place la Charte de la diversité, un texte d’engagement de toute entreprise qui condamne les discriminations dans le domaine de l’emploi et œuvre en faveur de la diversité.

Notre pays est donc assez hostile aux discriminations. La société française et le monde du travail acceptent des discriminations jusqu’à ce que des mobilisations permettent de les montrer, ce qui entraîne la mise en place de politiques publiques pour les combattre.

Lutter contre les discriminations, c’est s’intéresser d’abord aux actes par lesquels les personnes sont injustement traitées au motif qu’elles n’ont pas la bonne tête !

L
es professionnels du recrutement n’ont pas attendu que l’acceptation de la différence au travail devienne un sujet à la mode pour l’inscrire dans leurs pratiques et souhaiter en analyser l’état comme les effets sur l’activité des entreprises.

Longtemps, ces acteurs et ceux de la société civile, mobilisés pour un investissement des entreprises en faveur de l’acceptation des différences, ont été soupçonnés d’angélisme ou de détourner l’attention de problèmes de fond plus importants pour les entreprises, dans une économie confrontée aux difficultés et aux inquiétudes.

Désormais, plusieurs études internationales et françaises ont démontré, que non seulement la diversité au sein d’une entreprise ne détruit pas de valeur, mais qu’elle en crée**.

Quant à lui, le manager doit intégrer les préoccupations notamment sociales et économiques dans ses activités et dans ses interactions avec la société. Difficile mais passionnant et motivant !

* Nul ne doit être discriminé en raison de son origine, de son sexe, de ses mœurs, de son orientation ou identité sexuelle, de son âge, de sa situation de famille ou de sa grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son nom de famille, de son lieu de résidence ou en raison de son état de santé ou de son handicap.

** http://basepub.dauphine.fr/handle/123456789/14181

http://www.goodwill-management.com/nos-publications/103-diversite-et-performance-economique.html

08/01/2015

Aux Français issus de l'immigration de montrer dans quel camp ils sont

Au lendemain du hideux attentat terroriste qui a frappé Charlie Hebdo faisant 12 morts, plus rien ne sera comme avant.
Charlie hebdo, marche républicaine, cabu, Charb, tignous, Wolinski, islam, liberté, laïcité, valeurs républicainesLes terroristes islamistes ont déclaré la guerre à la France ainsi qu'à ses valeurs parmi lesquelles, la laïcité, la liberté de la presse et la liberté d'expression.

Les Français issus de l'immigration doivent désormais prendre une part visible dans la lutte contre le fondamentalisme islamiste.
Les Français issus de l'immigration doivent montrer dans quel camp ils sont en disant haut et fort qu'il participe de la liberté de pouvoir critiquer toutes les religions y compris l'islam.

Il est de la responsabilité des Français issus de l'immigration de participer massivement à la marche républicaine prévue le samedi 10 janvier à 15h Place de la République à Paris pour montrer que les attentats contre une part essentielle de ce qui fait la France, ne divisent pas les citoyens mais au contraire les mobilisent collectivement et créent l'union pour maintenir la France au niveau de son idéal

17/10/2014

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?": Les Français plus racistes que les américains ?

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? est jugé raciste par les producteurs américains auxquels il a été soumis. Selon eux, le film conduira inévitablement à des polémiques aux US.

Qu'est ce qu'on a fait au Bon Dieu?, Clavier, Lauby, Abittan, Sadoun, Chau, Fontan, Bel, Piaton, Diawara, France, Etats-Unis, RacismeQuoi ! Le film qui fait se tordre les Français et qui a attiré plus de 12 millions de spectateurs en France serait raciste et nous nous en délecterions quand même ?
Pourquoi le film choque-t-il les américains et pas les Français ? Les Français seraient-ils plus racistes que les américains ?  Les choses sont plus compliquées que cela.

On compare souvent les Etats-Unis et la France.
On pourrait disserter longuement sur les dissemblances entre ces 2 pays.  En réalité la France et les Etats-Unis sont plus semblables qu’il n’y paraît. Les fondateurs de ces 2 nations ont eu la volonté de les bâtir sur des valeurs universelles. Ces 2 pays ont le même objectif final : parvenir à des sociétés aveugles à la couleur et plus généralement aveugles aux différences.

Or si les objectifs sont identiques, les positions de départ ne le sont pas et les moyens pour y parvenir ne le sont pas non plus.

Les Etats-Unis ont connu sur une grande partie de leur territoire, une histoire ségrégationniste et différentialiste. La longue marche du mouvement américain des droits civiques n’a eu de cesse de dénoncer le honteux décalage entre l’idéal d’égalité et la réalité d’inégalité souvent consacrée par la loi. En raison de cette histoire particulière, les Etats-Unis ne peuvent pas faire l’impasse sur les différences. On y parle sans fard de Noirs et de Blancs, les communautés y sont reconnues et peuvent même  bénéficier de droits spécifiques. Dans ce pays, la collecte de statistiques sur l'origine ethnique de la population est pratiquée pour appréhender les évolutions sociologiques, combattre les discriminations et orienter les politiques publiques afin de les adapter à la réalité sociologique.

La France a certes connu elle aussi un passé ségrégationniste ou différentialiste légal sur son territoire, mais sur une partie de son territoire : l’Outre-mer et les colonies. Cette césure entre la France métropolitaine et les autres parties du territoire est l’un des éléments explicatifs de l’incompréhension d’un large pan de la société française au sujet des luttes des minorités contre les discriminations.

La République française refuse (officiellement au moins) de reconnaître certaines différences et craint leur empire.

La société française redoute l’existence des communautés. Elle les associe systématiquement au repli sur soi, quand bien même ces groupes ne se mobilisent que pour afficher un problème spécifique lié au racisme ou aux discriminations. Pourtant, les revendications des Noirs et des Arabo-maghrébins de France ne relèvent en aucune manière du séparatisme. Loin de vouloir se regrouper pour vivre ensemble et séparés de leurs autres concitoyens, ces groupes demandent au contraire à vivre dans les mêmes quartiers, dans les mêmes immeubles, à bénéficier des mêmes droits. C’est donc au nom des valeurs de la République que s’organise la revendication égalitaire des minorités françaises.

Ainsi, l’évocation des différences, des groupes ou des communautés n’a pas la même résonnance des 2 côtés de l’Atlantique même si l’on y retrouve la même tension sur ces questions.

D
ès lors, il n’est pas étonnant que les américains soient rétifs à importer ex abrupto, un film qui appuie, même si c’est pour mieux les dénoncer, les clichés et les stéréotypes trop souvent accolés à tel ou tel groupe de population.

En réalité les Français ne sont pas plus racistes que les Américains. L’histoire des deux pays étant ce qu’elle est, aux Etats-Unis on ne rit pas des mêmes choses qu’en France, parce que les questions relatives aux communautés y sont décodées avec une sensibilité parfois plus exercée.

Gardons-nous cependant de juger trop hâtivement ou trop sévèrement les américains. Leur liberté d’expression n’est pas moins grande que la notre, puisque le premier amendement de leur Constitution interdit au Congrès des États-Unis d'adopter des lois limitant notamment la liberté d'expression.

Et si nous nous étonnons que les Américains s’étonnent que nous puissions rire d’un film qui se gausse des Asiatiques, des Juifs, des Noirs et des musulmans, ils s’étonnent aussi que l’on puisse en France parler des Noirs en les appelant « Nègres » à la télévision et qu’il faille du temps, beaucoup trop de temps pour que les principaux acteurs de cette mauvaise farce reconnaissent le « trouble » que cela peut susciter.

Les américains sont surpris aussi que nous puissions en France promouvoir l’action affirmative pour les handicapés (la loi impose 6% de personnes handicapées dans les entreprises de plus de 20 salariés), pour les femmes (loi sur la parité, loi qui impose 40% de femmes dans les conseils d’administration etc.) mais que par une étonnante schizophrénie, nous mettions du temps à imaginer des dispositifs similaires pour d’autres groupes également affectés par les discriminations.

Pour ma part, j’ai aimé Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? parce qu’il va a rebours d’un antiracisme vieilli et fatiguant qui prétend que  les racistes seraient uniquement des beaufs à la peau blanche.

Le film évoque le racisme sous toutes ses formes et ses facettes et n’éludant pas la question du racisme anti-blanc, il montre crûment le racisme des minorités envers la majorité et le racisme qui peut exister entre les minorités.

J’ai aimé ce film parce qu’il prend à revers le déclinisme dont on nous rebat les oreilles et dit à sa manière qu’un vivre-ensemble est possible.

J’ai aimé ce film parce qu’il refuse de faire de la détestation de l’autre, l’horizon obligatoire de la société française.

En France Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? continue à battre record dur record. A part les éternels adversaires des succès populaires, et les pisse-froids, le film n’a pas suscité de réelles polémiques dans notre pays et c’est très bien ainsi.

J’ai vu les Français dans leur diversité rire en regardant ce film drôle et malin. Et si les minorités Françaises rient de bon cœur comme leurs concitoyens, c’est peut-être parce qu’avant d’être des minorités, les Français des minorités sont d’abord des Français.

Oui, les Noirs Français avant d’être noirs sont Français, les Français musulmans avant d’être musulmans sont Français.

04/03/2014

Non M. Caron, dire "Français de souche" n’est pas un crime

J’ai fait la connaissance de Denis Tillinac il y a plus de 10 ans, c’était quelques temps après l’élection présidentielle de 2002. Je réfléchissais à la création de ce qui allait devenir 3 ans plus tard le CRAN et j’avais souhaité recueillir son avis sur la situation des populations françaises issues de l’immigration.
Membre à l’époque du conseil national de l’UDF, j’interrogeais plusieurs personnalités politiques de tous bords et j’avais identifié Tillinac comme un intellectuel à droite, voire très à droite, un grognard, un réac en somme.

Il m’a reçu dans son bureau de la maison d’édition qu’il dirigeait, dans le 6ème arrondissement de Paris.
Réac il l’était, mais il a fait montre d’une rare empathie et d’une étonnante sollicitude sur la question du déclassement des populations françaises au sujet desquelles je l’entretenais. Il a toutefois pris soin de m’alerter sur les limites d’une action de lutte contre les discriminations qui brutalisant la société française n’emporterait pas la nécessaire adhésion des Français.

Je l’ai retrouvé des années plus tard en 2010 à l’occasion d’un débat dans lequel nous intervenions tous les deux à Evry à l’invitation de Manuel Valls.

Durant les heures passées en sa compagnie, enfermés que nous étions dans le même véhicule entre Paris et Evry, j’ai retrouvé l’homme aimant la terre de France et prompt au débat d’idées.
Nous n’étions d’accord sur presque rien, cependant nous avons réussi à nous écouter y compris au plus profond de nos désaccords.

caron,ruquier,polony,finkielkraut,valls,evry,français de soucheEn suivant le débat qui a opposé Denis Tillinac à Aymeric Caron et Laurent Ruquier sur France 2 le 1er mars 2014, j’ai eu l’impression que le respect des points de vue divergents n’avait plus droit de cité et que l’idéologie embuait quelques esprits. Les interventions de Natacha Polony ramenaient dans les échanges un peu de sens de l’écoute, mais si peu, si faiblement et bien tard.

Le débat est même devenu caricatural lorsque les invités se sont écharpés sur l’expression « Français de souche ».

caron,ruquier,polony,finkielkraut,valls,evry,français de soucheAymeric Caron fustigeait l’utilisation de ce terme qui ferait le départ entre « vrais et faux Français ». Denis Tillinac soutenait mordicus le droit à utiliser cette formule s’étonnant que son emploi fût reproché à Alain Finkielkraut qui en avait fait usage sur la même chaîne quelques jours plus tôt.
F
ace à un Aymeric Caron qui n’en pouvait mais et pour qui, « Français de souche n’existe pas et ne veut rien dire », Tillinac excédé osa une définition: il s’agissait disait-il de Français dont l’essentiel des ancêtres repérables sont au plus près d’un cimetière de famille et pas loin d’un clocher. Sous le regard consterné de son interlocuteur Tillinac précisa que l’on pouvait  « venir d’Italie, du Portugal, d’Espagne ou d’ailleurs…de Pologne... »; Pas de plus loin croyait-on deviner !

Pourquoi les Français enracinés depuis longtemps seraient-ils les seuls que l’on ne doit pas nommer?
Depuis, le débat s’enflamme et l’on en viendrait à penser que dire « Français de souche »   serait un crime. Il n’en est rien car peut-on vraiment dire qu’historiquement, la France n’était pas peuplée ? Elle l’a été et c’est un fait que nul ne peut nier !

caron,ruquier,polony,finkielkraut,valls,evry,français de soucheQue les Français enracinés depuis longtemps soient les seuls que l’on ne puisse pas nommer est une aberration.

On peut penser que la locution « Français de souche » n’est pas heureuse car elle laisse supposer que ceux qui ne sont pas « de souche » et auxquels on demande de s’intégrer ne se trouvent pas dans le même espace ni le même temps que les autres Français, et que la symétrie n’adviendra qu’au terme d’un chemin, à l’issue duquel ils auront…  réduit leur "écart".

De fait Tillinac parle de « 2, 3, 4 générations ! » La perpète donc pour certains Français?

On peut certes s’étonner que d’aucuns, nommément soient exclus des « Français de souche.»

On peut bien sûr rétorquer qu’en France il n’y a pas de Français de 3 heures ou de Français de 50 ans, mais simplement des Français ou des étrangers et qu’accepter la tournure syntaxique « Français de souche » implique que ces derniers seraient plus français que les autres.

Cependant dire que nous sommes tous Français ne veut absolument pas dire que nous sommes tous devenus Français de la même manière.

A refuser d’admettre cette évidence, un certain antiracisme prend le risque d’écorner l’héritage français, l’histoire française et demain la culture française ?

11:35 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : caron, ruquier, polony, finkielkraut, valls, evry, français de souche | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

11/02/2014

"Le crocodile du Botswanga": Ramassis de clichés

Parmi les arts, la poésie et le cinéma permettent de toucher rapidement un public nombreux.

 

Ceux qui font profession de nous instruire ou de nous divertir par le biais de ces arts doivent donc être particulièrement vigilants sur ce qu’ils contribuent à véhiculer car toute négligence en la matière a des conséquences démultipliées.

 

Le film "Le crocodile du Botswanga" ne sortira sur les écrans que le 19 février 2014 mais il fait déjà grincer les dents. Réalisé par le duo Fabrice Eboué et Lionel Steketee, on y retrouve Thomas Ngijol, Fabrice Eboué, Ibrahim Koma et Claudia Tagbo.

 

Les auteurs de cette comédie ont-ils été négligents ? Le moins que l’on puisse dire est que la bande annonce et le "teaser" du film ne font pas dans la dentelle.

 

En quelques secondes, c'est un épais ramassis des clichés les plus éculés sur l’Afrique et les Africains qui défile : Africains naïfs et au sourire niais, accents à couper au couteau, homophobie, corruption, président analphabète, sanguinaire... Tout y passe. Les Africains apparaissent tellement  idiots qu’ils font d’une chanson de salle de garde… leur hymne national !

Des stéréotypes renforcés

On pourrait penser qu’il ne s’agit que d’une farce potache et qu’enfiler des clichés comme des perles est au pire inoffensif. Erreur. Cette bande-annonce qui propose sans distance des clichés à gogo, risque de renforcer des stéréotypes déjà nombreux dans lesquels l’Afrique et les Africains ont été embourbés pendant des siècles et dont ils ont le plus grand mal à se défaire.

 

Comment se forge, se fige le stéréotype ? (étymologiquement stéréo veut dire solide). Quand se cristallise-t-il? Par la vieille bonne conscience pardi ! Et avec l’air de ne pas y toucher. Quant aux modes de transmission, ils sont multiples. Les supports de communication modernes en constituent aujourd'hui les vecteurs les plus puissants.

 

 La télévision avait fait son miel des représentations erronées mais efficaces de l’Afrique et des Africains… Rarement du positif, rarement de reportages sur les réussites. Longtemps il n’y était guère question d’eux que pour évoquer les violences dans les banlieues, le trafic de drogue et l’immigration clandestine.

 

L'image donnée des Africains sur tous les écrans est largement négative : grands enfants, massacres interethniques, corruption d’État. Ce sont exactement les mêmes antiennes que l’on retrouve dans la bande-annonce du "Crocodile du Botswanga".

 

Une catégorisation facile... et brutale

Si vous vous demandiez comment et pourquoi les stéréotypes les plus éculés continuaient de servir de pitance aux paresseux toujours prêts à flatter les instincts les plus vils des spectateurs, ne cherchez plus.

 

Rappelons-le, l’objectif du stéréotype est de piéger l’autre dans une identité péjorée. Cette catégorisation simpliste se révèle redoutablement efficace. Il s’agit d’une étiquette que tous les individus du groupe ostracisé devront endosser.

 

En se laissant aller à la facilité, les auteurs du "Crocodile du Botswanga" disent avec brutalité que nous n’en avons pas fini avec les stéréotypes sur l’Afrique et sur les Africains.

 

À l’heure de "12 Years a Slave", le drame historique américano-britannique réalisé par Steve McQueen, on reste interloqué de voir où nous en sommes encore dans notre pays.

08/02/2014

Intégration, discrimination positive... Retour à la raison?

Le Parisien publie ce 8 février, un sondage* qui indique que 67% des Français pensent que la discrimination positive ne serait pas une bonne chose. Le sondeur précise que « C’est un renversement de situation par rapport à ce que nous enregistrions il y a neuf ans »
Cette étude montre aussi que 77% des Français estiment que c’est aux personnes d’origine étrangère elles-mêmes de s’intégrer, plutôt qu’à la société de faciliter leur intégration.

A trois jours du séminaire gouvernemental au cours duquel le premier ministre doit présenter de nouvelles propositions pour l’intégration, ce « renversement de tendance » vient sanctionner les dérives de ceux qui estiment qu’en matière de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, la fin justifie tous les moyens. Les dégâts du jusqu’auboutisme se font jour.

intégration,république,culture,diversité,immigration,droits,devoirs,séminaire,gouvernement,banlieue,quartier populaire,sondage,bva,i>télé,cqfd,le parisien,aujourd’hui en france,françaisDroits et devoirs.
Les Français estiment aujourd’hui que le gouvernement s’apprête à demander des efforts unilatéraux et ils montrent leur opposition. Mais rien n’est figé et la situation peut évoluer dans un sens ou dans l’autre.
Le gouvernement serait bien inspiré de ne pas ignorer les avertissements des Français. Il serait bien inspiré de favoriser un retour à la raison en disant clairement qu’il n’y a pas de droits sans devoirs et que les droits sont d’autant plus respectés qu’ils sont liés à des devoirs.

Les Français issus de l’immigration auraient tort d’interpréter les résultats des enquêtes d’opinion qui vont toutes dans le même sens, comme une marque d’hostilité.

Les Français disent simplement qu’ils ne souhaitent pas de mise en cause des habitudes de vie de notre pays et ils indiquent les contours de la politique d’intégration qu’ils souhaitent.

Avec le séminaire gouvernemental sur l’intégration prévu le 11 février, l’exécutif a donc une rare occasion de proposer aux Français issus de l’immigration d’envoyer des signaux positifs à leurs concitoyens en montrant leur attachement à la France, à son drapeau, à ses valeurs et à ses symboles.

C’est une condition nécessaire pour permettre à tous de prendre conscience du potentiel de dynamisme que les Français « de la diversité », les « banlieues » et les quartiers populaires, représentent pour l’essor économique et la richesse culturelle de notre pays.

Avec le séminaire gouvernemental sur l’intégration, l’exécutif a une rare occasion de promouvoir  une France réconciliée au sein de laquelle l’ensemble des Français participera au banquet républicain. Pourvu qu’il ne la gâche pas...

*Sondage BVA pour i>télé - CQFD et « le Parisien » - « Aujourd’hui en France », réalisé les 6 et 7 février 2014 auprès d’un échantillon de 973 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas

07/02/2014

Intégration: le gouvernement recycle le rapport controversé

Matignon a confirmé l’organisation le 11 février prochain d’un séminaire des acteurs de l’intégration et la remise à cette occasion d’une nouvelle feuille de route avec des propositions pour lutter contre les discriminations.
La question de l’intégration avait été enterrée fin 2013 suite à la polémique créée par la révélation de certaines préconisations des cinq rapports commandés par le premier ministre. Le retour du voile à l’école figurait au rang des propositions controversées.

Un multiculturalisme qui ne dit pas son nom.
Le gouvernement reste flou sur les mesures qui seront définitivement retenues, mais le nouveau projet semble très proche des cinq rapports décriés.
La tonalité générale de la nouvelle politique d’intégration présentée par le gouvernement Ayrault est une évolution de l’intégration à la française vers une approche plus anglo-saxonne non assumée.

Jean-Marc Ayrault.jpgAinsi la feuille de route indique que « le multiculturalisme ne fait pas partie des valeurs de la République » mais propose de fait, la voie du multiculturalisme en souhaitant la promotion de certaines langues comme l'arabe, le mandarin ou l'hindi en les liant à l’origine des personnes. Que l’arabe soit valorisé est une chose, le valoriser uniquement chez des personnes en raison d’une origine réelle ou supposée relève de la stigmatisation.

Au vu des premières mesures de la feuille de route, le gouvernement s’éloigne de la seule ligne possible pour les questions de lutte contre les discriminations et pour l’égalité : la ligne de l’intégration républicaine et de la laïcité !

Le gouvernement recycle les rapports controversés sur l’intégration et semble ne pas avoir retenu la leçon de la polémique de la mi-décembre. Ses propositions sur l’intégration et la lutte contre les discriminations risquent de diviser au lieu de rassembler les Français sur la question ultrasensible de l’intégration.

Le gouvernement va braquer une partie de l’opinion contre la diversité et contre les Français issus de l’immigration qui dans le document de travail du  gouvernement apparaissent comme demandeurs de moins de France.

09:44 Écrit par Patrick | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu